A propos du Grand Chêne

Jeudi 11 février, lors du Conseil Municipal, Matthieu Fernandez s’indignait, au nom de Saint-Maur Avenir, du projet immobilier 70 avenue du Général Leclerc, qui met en péril le Grand Chêne, représentant du patrimoine historique de la ville.
Depuis il s’est avéré que les documents présentés pour justifier sa préservation dans cette cette opération étaient faux.

Le problème

Un permis de construire a été délivré pour le 70 avenue du Général Leclerc, pour une parcelle qui comprend un chêne classé « arbre remarquable ». Le maire prétend que toutes les précautions ont été prise pour le préserver. Contrairement aux propos du maire-adjoint en charge de l’urbanisme l’immeuble prévu empiète largement sur la zone sensible autour du chêne centenaire, comme le montrent les photos ci-dessous.

Aujourd’hui :

Demain avec l’immeuble prévu et accepté par la mairie :

De plus, contrairement à ce qu’a affirmé le maire adjoint, l’Association A.R.B.R.E.S dont la vocation est la préservation des arbres remarquables n’a jamais envoyé aucun document qui démontre que des arbres remarquables peuvent côtoyer sans problème des bâtiments :

https://www.change.org/p/riverains-sauvegarde-d-un-des-plus-vieux-et-magnifiques-arbre-de-france/u/28538288?fbclid=IwAR0G92wO10z6bMaqWgxmizgLY_0mLByjnqYz1r_oZkj_C7MYj0MoLAsdzi4

L'intervention de Matthieu Fernandez

Question orale : Quelles garanties comptez-vous donner aux Saint-Mauriens pour assurer la préservation du Grand Chêne ?

Monsieur le Maire, comme de nombreux Saint-Mauriens, j’ai été profondément choqué d’apprendre qu’il y a un projet d’immeuble juste à côté du Grand Chêne de Saint-Maur.

Je vous avoue que j’ai eu du mal à le croire quand on me l’a dit. À vrai dire, je n’en reviens toujours pas. Enfin, c’est proprement incroyable !

Est-ce que vous vous rendez compte ?

Vous avez pris en catimini une décision incroyable. Heureusement que les riverains ont été vigilants.

La faute est double. Non seulement vous n’avez rien fait pour que cette parcelle soit rendue aux Saint-Mauriens. Mais encore, une fois que le mal a été fait, vous avez autorisé la construction d’un immeuble.

Est-ce que tout le monde ici, sait de quoi nous parlons ? Est-ce que tout le monde a conscience de la gravité de l’affaire ? Il faut vraiment entrer dans le détail du sujet pour en connaître l’enjeu.

C’est l’histoire de Saint-Maur qui est en jeu, un symbole de son patrimoine, de sa biodiversité, de son cadre de vie. Oui, Mesdames et Messieurs les Conseillers. C’est cela, l’enjeu.

Saint-Maur, c’est un esprit, qui nous habite, sinon nous n’aurions pas choisi de vivre dans cette ville ; un esprit fait d’une histoire séculaire et d’une nature remarquable.

L’arbre vénérable dont nous parlons, c’est le symbole de cet esprit. Car ce n’est pas n’importe quel arbre.

On l’appelle le Grand Chêne. Il a près de 400 ans. Vous rendez-vous compte ? 400 ans. C’est remarquable !

Il plonge ses racines jusqu’au début du XVIIe siècle, dans les années 1600. C’est l’époque où le château de Saint-Maur devient propriété des Princes de Condé, sous le règne d’Henri IV. Et sur le terrain où se trouve le Grand Chêne s’élevait jadis un pavillon de chasse.C’est un arbre vénérable, par son âge, par l’histoire qu’il symbolise, par le foyer de biodiversité qu’il représente. Tous les amoureux de la nature et du patrimoine le savent bien.

Il y a toujours une forme de révérence sacrée attachée à ces vieux arbres, ces «  vivants piliers {qui} laissent parfois sortir de confuses paroles »comme l’écrit Baudelaire.

Ce chêne dont nous parlons, de l’aveu même du Président de l’association A.R.B.R.E.S, c’est « l’un des plus beaux qu’il reste en Île-de-France ».

Et vous avez osé laisser se monter un projet d’immeuble sur ce terrain ?

Allons ! Ce n’est pas sérieux ! Ne venez pas nous expliquer que vous avez pris toutes les garanties. Ce n’est pas vrai.

Un arbre tel que celui dont nous parlons tient debout grâce à un puissant système racinaire qui peut être 5 ou 6 fois plus important que son développement de surface.

Mais contrairement à ce que l’on s’imagine, les racines qui ancrent l’arbre au sol sont en général plutôt superficielles. Elles atteignent rarement plus de 1,5m de profondeur.

Les spécialistes expliquent qu’il y a deux zones à prendre à compte pour préserver le système racinaire d’un arbre :

  • La zone très sensible, sur un périmètre de 1,5m autour du tronc
  • La zone sensible, sur un périmètre calculé en multipliant par 4 la mesure de la circonférence du tronc ; cela donne en l’occurrence un périmètre de 15m environ, alors que l’immeuble est à 8 m du tronc.

Ces données permettent de comprendre la menace que représente la construction d’un immeuble à proximité de notre Grand Chêne.

Il y a d’abord les risques inhérents à la construction :

  • Le tassement du sol provoqué par le va-et-vient des engins
  • Les travaux de terrassement et de remblais
  • Le décaissement de la couche superficielle du sol qui élimine une très grosse proportion du chevelu racinaire indispensable à l’absorption de l’eau et des éléments minéraux.
  • La pollution engendrée par les produits chimiques utilisés pendant les travaux
  • Et bien sûr l’écorçage ou l’amputation des racines, qui sont inévitables, puisque le principe de ces travaux, c’est que l’on creuse.

Tout cela, si l’on veut vraiment préserver un arbre, il ne faut pas le faire même dans la zone sensible. Pour l’arbre dont nous parlons, la zone sensible, c’est un périmètre d’une quinzaine de mètres. Or la façade de l’immeuble est à 8 mètres !

Tous ces risques, Monsieur le Maire, vous les connaissez. Ils sont mentionnés dans un diagnostic que vous avez en votre possession.

Et puis, une fois que l’immeuble est construit, il y a le problème des tassements dus aux allées et venues des riverains, et la réverbération des façades.

Mais ce n’est pas tout. Le projet même que vous avez approuvé est porteur de risques spécifiques :

  • La rampe d’accès est à l’ouest, du côté des vents dominants, là où les racines sont plus fournies.
  • L’une des noues drainantes passe tout près du tronc, à la limite de la zone très sensible.
  • Les réseaux enterrés étaient ceux d’un pavillon. Ils ne sont pas adaptés à un immeuble. Il va donc falloir certainement rouvrir les tranchées.
  • Des jardins privatifs sont prévus devant l’immeuble, donc dans la zone sensible de l’arbre, ce qui réduit d’autant son périmètre de sécurité.

C’est tout un petit éco-système que vous avez pris la lourde décision de mettre en danger.

Qui sait de quoi l’avenir sera fait ? Vous prenez un grave pari sur l’avenir de notre Grand Chêne. Voulez-vous rester dans l’histoire de cette ville comme le maire qui aura été à l’origine de la mort du Grand Chêne de Saint-Maur ?

À partir de là, plusieurs questions se posent.

Pourquoi n’avez-vous pas préempté la parcelle, ou poussé à sa préemption pour préserver son intégrité ?

Vous auriez dû rendre cet arbre aux Saint-Mauriens, Monsieur le Maire ! Et ce d’autant que nous manquons d’espaces verts.

Ce n’est pas moi qui le dit. C’est votre propre PLU. Dans le Rapport de présentation, p.216.

Le taux d’espaces verts publics est d’environ 6,9 m2/habitant. Or l’objectif est de tendre vers 10 m2 d’espaces verts ouverts au public par habitant, soit un besoin d’environ 75 ha en regard de la population actuelle.

Ne me répliquez pas qu’il y a déjà suffisamment d’espaces verts au Parc ! Ce n’est pas un argument quand il est question de préserver un patrimoine naturel et historique exceptionnel. Dans ce cas, peu importe l’endroit.

De plus, même en laissant cette parcelle se vendre, vous n’étiez pas obligé d’autoriser un immeuble. Les Saint-Mauriens doivent savoir qu’il a existé un projet alternatif sur cette parcelle.

En 2018, vous avez délivré un certificat d’urbanisme pour un projet avec une division parcellaire, qui comportait la rénovation du pavillon existant et la construction d’un second, en limite est de l’actuelle parcelle.

Alors, dites-nous, Monsieur le Maire. Les Saint-Mauriens aimeraient savoir. Pourquoi ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui ? Pourquoi avez-vous changé d’avis quant aux possibilités de construction sur ce terrain ?

Et ne me répondez pas, s’il vous plaît, que la construction d’un immeuble est la meilleure solution pour protéger notre Grand Chêne ! Non ! Ce n’est pas sérieux ! J’aime bien les paradoxes, mais là, tout de même, c’est pousser le bouchon trop loin.

Qui peut croire un tel argument ?

En réalité, cet épisode est symptomatique des orientations prises en matière d’urbanisme depuis 2016 avec votre Plan local d’urbanisme (PLU). En dépit des beaux discours, il y a deux choses que votre politique ne respecte pas :

  • l’identité des quartiers pavillonnaires, menacée par une volonté de construire coûte que coûte de petits immeubles de 12 logements ou moins de 12 logements dans ces secteurs (zone U3, dite « résidentielle »).
  • la biodiversité et le patrimoine naturel, parce que votre PLU protège insuffisamment les arbres et espaces verts remarquables, comme l’illustre le présent projet.

Monsieur le Maire, cette cause peut nous rassembler, tous, ici présents.

Au nom de notre patrimoine historique, de notre patrimoine naturel, de la préservation d’une biodiversité exceptionnelle, je vous en conjure : ne soyez pas le maire qui aura saccagé le Grand Chêne.

Il n’est pas trop tard pour prendre conscience de l’intérêt patrimonial exceptionnel  de cette parcelle !

Monsieur le maire, je vous le demande, revoyez le projet en cours !

Edit (6/03/21)

France Inter A. Baraton pour la défense du grand chêne

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