Les conséquences économiques du Covid-19

Les conséquences économiques du COVID-19

Jean-Marc Siroën

https://www.linkedin.com/in/jean-marc-siroen-0805b71a/

On le sait maintenant, la sortie du confinement sera délicate sur le plan sanitaire, comme sur le plan économique

Les conséquences économiques du COVID-19

On le sait maintenant, la sortie du confinement sera délicate sur le plan sanitaire, comme sur le plan économique.

Selon la durée et le niveau du confinement, la production – le PIB – pourrait chuter de 5 à 10% (être plus précis aujourd’hui serait peu crédible). On aurait pourtant tort d’abuser de l’analogie entre la crise de 1929 ou celle de 2008 avec la crise actuelle. Cette fois, il s’agit d’un choc « exogène » en ce sens qu’il ne trouve pas son origine dans la sphère économique et financière mais dans une épidémie « tombée du ciel ». 

En entrant en guerre contre le virus nous entrons aussi dans ce qui ressemble plutôt à une économie de guerre. Les références sont davantage à rechercher dans les années 1940 que dans les années 1930. Si pendant les conflits armés, les travailleurs sont mobilisés au front quand une partie de la production est convertie en industrie militaire, la main d’œuvre est aujourd’hui confinée pendant que l’industrie automobile se met à fabriquer des respirateurs et les parfumeurs des gels hydroalcooliques. Le creusement du déficit budgétaire et sa contrepartie, l’accroissement de la dette, s’imposent aux gouvernements au nom d’un intérêt supérieur. 

Le coût budgétaire des mesures prises en faveur des entreprises et des travailleurs est estimé très provisoirement  à 100 milliards d’euros soit plus de 4% du PIB auxquels il conviendrait d’ajouter les pertes de recettes fiscales. En 2009-2010 la France avait dépassé 7% mais cette fois, ce pourrait être davantage encore. La dette publique explosera le plafond symbolique des 100% du PIB (la règle européenne est …60%) et les taux d’intérêt pourraient bien augmenter même si, pour l’instant, les banques centrales parviennent à les maintenir à des niveaux extraordinairement bas (voire négatifs). 

La gravité de la situation actuelle justifie ces politiques d’urgence économique « quel qu’en soit le coût » qui rompent avec l’orthodoxie budgétaire des temps calmes. Il s’agit d’éviter les conséquences sociales et humanitaires pour les ménages brutalement privés de revenus. Il est impératif d’éviter la faillite d’entreprises viables et des licenciements qui rendraient plus difficile la reprise de la production. 

Un autre argument souvent avancé doit être davantage discuté. Rivés à la crise des années 1930 et 2008, des économistes redoutent que le « choc d’offre » en réduisant les revenus distribués et en augmentant le chômage , devienne un choc dit « keynésien » (du nom du célèbre économiste anglais) c’est-à-dire une récession provoquée par l’insuffisance de la demande. De fait, les mesures annoncées devraient limiter la chute des revenus des ménages et des entreprises (même avec quelques trous dans la raquette, notamment dans l’indemnisation du chômage partiel). De plus , l’épargne « forcée » pendant le confinement (estimée à 50% du revenu des ménages) pourrait favoriser un boom de la consommation de rattrapage et de compensation. Dans ce cas, à l’issue du confinement, c’est plutôt l’insuffisance de l’offre par rapport à le demande qui serait à craindre. La figure la plus vraisemblable serait alors celle d’un excès de demande pour une période  transitoire d’autant plus courte que la production sera en mesure d’y répondre plus rapidement. 

Toutes proportions gardées, ce fut justement le grand problème des économies d’après-guerre qui n’avaient pas d’autres sorties que le rationnement et l’inflation (environ 50% par an en France de 1945 à 1948). On n’en est certes pas là mais l’inflation, cette maladie que beaucoup d’économistes croient éradiquée, pourrait à cette occasion pointer de nouveau  le bout de son nez. 
Si elle reste modérée, ce ne sera pas nécessairement un si mauvais mode d’ajustement. Depuis des années, les banquiers centraux ne se désespèrent-ils pas d’atteindre le taux d’inflation qu’ils jugent « optimal » c’est-à-dire 2% (on est actuellement autour de 1%) ? L’inflation a en effet un avantage : elle dévalorise la dette !

Les gouvernements devront donc régler au plus fin leurs  interventions dans l’économie réelle. Si trop de transferts publics  provoque la surchauffe, pas assez ralentit la reprise nécessaire tout en favorisant des troubles sociaux qui n’arrangeraient rien. Le goulot d’étranglement étant la production, c’est bien là que devront être mises les priorités : renflouer les trésoreries d’entreprises pour éviter les faillites, étendre le chômage partiel pour éviter les licenciements et peut-être, si nécessaire, nationaliser (provisoirement) les grandes entreprises en difficulté (comme ce fut le cas pendant la crise de 2008 aux États-Unis et au Royaume-Uni)… 

Néanmoins, un « plan de relance » qui irait au-delà de l’indemnisation des pertes de revenu dues au confinement – un plan de relance des investissements publics par exemple – serait prématuré tant, du moins, que la production n’aurait pas retrouvé le niveau qui lui permet de répondre à la demande.

Faire des prévisions en économie est encore plus douteux qu’en épidémiologie. Si, malgré les mesures adoptées par la Banque Centrale Européenne, une crise financière et bancaire devait se greffer sur la crise économique (en général, c’est l’inverse !) tout pourrait être remis en cause. Espérons qu’il n’en sera rien et que les banques centrales – à commencer par la Banque Centrale Européenne – feront correctement le job en fournissant  aux économies les liquidités nécessaires quitte, là encore, à entretenir une poudrière pour éviter une déflagration immédiate. 


La sortie économique du confinement tout comme la sortie de la crise sanitaire, imposera des choix courageux. Ils devront être bien expliqués aux citoyens.

Et pour plus d'actualités, suivez-nous !

Laisser un commentaire

16 − dix =